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Bikepacking Interview

Première expérience bikepacking entre la Corée du Sud et le Japon

Sofian, passionné d’aventure et de nature, nous raconte son tout premier périple à vélo à travers la Corée du Sud et le Japon. Parti sans expérience cycliste, avec un simple gravel Decathlon, il a découvert le bikepacking et s’est lancé dans un voyage de 50 jours et 2200 km. Entre paysages époustouflants, rencontres marquantes et imprévus du quotidien, il nous partage sa philosophie : voyager lentement.

Sofian, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Sofian. Salut ! Moi, c’est Sofian, passionné d’aventure et de nature dès que je ne suis pas devant un écran (travail). Je vis près des volcans, en Auvergne. J’ai découvert le bikepacking un peu par hasard, en tombant sur une vidéo (2014) de Frédéric Giraldi, un aventurier qui avait traversé le Maroc à vélo, le pays d’origine de mes parents. J’ai été émerveillé par cette manière de voyager, à la fois humaine, simple et profondément inspirante. Du coup, la flamme s’est éveillée.

Est-ce qu’il s'agit de ton premier voyage à vélo ?

Sofian. Oui, c’était mon tout premier voyage à vélo, un vrai baptême ! À vrai dire, je n’étais pas du tout cycliste. J’avais laissé tomber le vélo après le collège, où c’était simplement mon moyen de transport. Je pense même que je n’avais jamais roulé plus de 15 km d’affilée avant de me lancer dans ce voyage !

© Sofian Lakhdar

Tu peux nous présenter ce voyage de la Corée du Sud vers le Japon ?

Sofian. Alors, ce tout premier périple à vélo, c’était à l’automne 2023, à travers la Corée du Sud et le Japon. Ce sont deux pays que je rêvais de découvrir depuis l’enfance. J’avais déjà eu un premier aperçu du Japon lors d’un voyage d’une dizaine de jours début 2023, j’étais allé dans les montagnes de la région de Nagano. C’est là que j’ai eu ce rêve : un jour, je traverserai ce pays à vélo.

Quel type de vélo as-tu utilisé ?

Sofian. J’ai emporté mon vélo depuis la France, un gravel Decathlon RC120 GRVL. Je cherchais quelque chose de polyvalent, capable de rouler aussi bien sur la route que sur les chemins de campagne, et ce modèle cochait pas mal de cases. Parmi les objets indispensables qui m’ont vraiment bien aidé, je dirais… des élastiques ! Ça peut paraître anodin, mais ils m’ont sauvé la mise plusieurs fois, comme le jour où mon support de lumière a lâché.

© Sofian Lakhdar

Combien de temps a duré ton voyage, et combien de kilomètres as-tu parcouru au total ? Tu avais un objectif de distance quotidienne ou tu avançais plutôt selon l’envie et les conditions du jour ?

Sofian. Mon voyage a duré environ 50 jours, pendant lesquels j’ai parcouru 2200 kilomètres. Je n’avais pas vraiment d’objectif de distance quotidienne, on va dire que j’avais le temps. Je me fixais plutôt des objectifs de lieux à atteindre, comme des temples ou des hébergements repérés à l’avance. Au début, en Corée, j’étais un peu plus pressé d’ailleurs pour aucune raison. Il m’est arrivé de faire 120 kilomètres en une journée… et je l’ai bien senti le lendemain ! Mais une fois arrivé au Japon, j’ai adopté un rythme plus lent, plus tranquille.

Tu t’organises comment pour la nourriture et l’eau au quotidien ?

Sofian. Que ce soit en Corée du Sud ou au Japon, c’était vraiment facile de se ravitailler. Il y a des commerces de proximité absolument partout (7-Eleven, Family Mart, GS25, etc.), et on y trouve de tout : nourriture, produits d’hygiène, premiers secours… Au Japon, il y a aussi des distributeurs de boissons à peu partout, même dans des coins complètement isolés. Ça m’a sauvé plus d’une fois quand j’avais oublié de remplir mes gourdes avant de partir !

© Sofian Lakhdar

Comment gères-tu tes hébergements ?

Sofian. J’ai dormi un peu partout : en hôtel, en auberge de jeunesse, chez l’habitant, dans des campings, sur une plage, ou même près de zones industrielles. Normalement, ce n’est pas toujours bien vu de dormir dans des lieux non prévus pour ça, mais tant qu’on reste discret, qu’on ne fait pas de bruit et qu’on laisse l’endroit propre, personne ne vient vous déranger. La plupart du temps, je dormais en auberge. Il existe plein d’applications pour chercher et réserver : Booking, Google Maps, ou encore Agoda au Japon. En Corée du Sud, par contre, Google Maps est très limité à cause de restrictions gouvernementales. Là-bas, il faut plutôt utiliser KakaoMap ou Naver Map pour trouver des hébergements.

Quel budget as-tu consacré à ce voyage ? Tu avais une estimation précise ou tu as improvisé au fil du chemin ?

Sofian. Pour le budget, je vais donner une estimation approximative, car je n’ai pas vraiment fait de suivi précis de mes dépenses. Je ne m’étais pas fixé de budget strict par catégorie non plus. Je suis parti avec des économies accumulées sur plusieurs années de travail, sans objectif financier particulier, juste de quoi vivre l’expérience à fond. Et pour être transparent, on peut parler d’un budget “à partir de zéro”, puisque je n’avais ni vélo, ni matériel de voyage avant de me lancer.

Vélo + matériel – 1100€
Matériel de camping – 340€
Hébergement – 800€
Nourriture, restaurant – 600€
Loisirs, divers – 300€
Avion – 1000€

Comment se passe l’accès aux transports en commun avec un vélo dans des pays comme le Japon et la Corée du Sud ?

Sofian. Le Japon est connu pour ses transports en commun ultra efficaces et toujours à l’heure. Mais cette rigueur s’accompagne aussi de pas mal de règles ! Quand il s’agit de prendre le train avec un vélo, il faut s’adapter : j’ai dû en prendre quelques-uns, notamment quand certaines routes étaient impraticables ou formellement interdites aux vélos (tunnels). Pour monter à bord, il faut impérativement démonter son vélo et le ranger dans un sac prévu à cet effet, appelé Rinko. Je me souviens que c’était assez galère : j’avais le sac Rinko sur l’épaule et mes sacoches bien remplies dans chaque main. Il m’arrivait même de devoir faire deux allers-retours sur le quai pour tout transporter quand le train s’arrêtait !

© Le Pavillon d’or, à Kyoto - Sofian Lakhdar

Quel a été ton plus beau souvenir de voyage en Corée et au Japon ?

Sofian. Elle est difficile cette question ! Il y a eu une multitude de beaux souvenirs pendant ce voyage. Mais s’il y a un point commun à tous ces moments, ce sont les rencontres. On a beau admirer les plus beaux paysages, goûter les meilleurs plats ou se détendre dans le meilleur onsen, ce qui reste gravé dans la mémoire, ce sont toujours les échanges humains : quelques mots partagés, un sourire, un karaoké improvisé, ou une accolade avant de se dire au revoir. Et à vélo, ces rencontres arrivent naturellement. Je pense que jamais je n’aurais été invité à partager un petit-déjeuner ou à dormir chez un Japonais si je n’avais pas voyagé à vélo.

Quelle a été la plus grande difficulté à laquelle tu as dû faire face?

Sofian. C’était à Nagasaki, le quatrième jour après mon arrivée au Japon. Je m’en souviens très bien, car j’étais vraiment à deux doigts d’abandonner le voyage. Après une journée particulièrement rude, j’étais épuisé et je voulais simplement trouver une chambre pour dormir. Mais c’est là que les choses se sont compliquées : sans le savoir, j’étais tombé en plein Nagasaki Kunchi, un grand festival local. J’ai passé plus de trois heures à faire des allers-retours entre plusieurs guesthouses et hôtels, tous complets. J’étais désespéré. Même avec mon matériel de camping, impossible de l’installer en pleine ville… Le premier camping était à plus de vingt kilomètres, et rouler de nuit, là-bas, c’est à éviter. Au final, j’ai fini par trouver une chambre, mais à un prix exorbitant. Et pour ne rien arranger, l’hôtel refusait que je garde mon vélo à l’intérieur ou même dans leur parking. J’ai donc dû lui trouver un coin à l’extérieur, en croisant les doigts qu’il ne soit pas embarqué, car au Japon, un vélo mal garé peut vite finir à la fourrière !

© Vue sur le mont Fuji depuis Fujiyoshida - Sofian Lakhdar

Quelles villes, quels endroits as-tu pris le temps de découvrir pendant ton voyage ?

Sofian. Oui, je faisais parfois des pauses, parce que c’est vraiment important de laisser le corps récupérer quand on enchaîne des dizaines de kilomètres chaque jour sans interruption. En général, je posais l’ancre quelques jours dans les grandes villes comme Hiroshima, Osaka ou Kyoto. Ça me permettait aussi de voir des amis avec qui j’échangeais déjà depuis la France comme Hiromi, qui m’a fait découvrir plein de choses à Hiroshima (ma ville préférée, d’ailleurs). Et puis il y a eu Halloween à Osaka… une ambiance incroyable, c’était vraiment un moment fun !

Comment as-tu géré la barrière de la langue pendant ton voyage ?

Sofian. Au départ, je pensais que ça allait être très compliqué de communiquer. Mais finalement, ça s’est avéré plutôt simple. Alors oui, quand on se retrouve en pleine campagne, probablement en tant que seul voyageur étranger de l’année (voire de la décennie !), on peut oublier l’anglais. Du coup, j’essayais de baragouiner quelques mots en coréen ou en japonais pour me faire comprendre. Et à chaque fois, on me disait que je parlais “tellement bien”… mais je crois surtout que les gens me disaient ça pour m’encourager. Heureusement, les sourires sont universels et souvent, ça suffisait à créer une vraie connexion.

Est-ce que tu as fait de belles rencontres ?

Sofian. Bien sûr, oui j’ai fait de magnifiques rencontres. Des gens que ne pourraient oublier aujourd’hui et demain. De la première qui m’a hébergé en Corée (Misung), des camarades de route avec un cœur en or (Seogyuseok, Colin et tant d’autres). J’ai toujours gardé contact avec ces derniers. Toutes ces rencontres ont été le fruit de la pure sérendipité. Ce sont eux qui vous laisseront ce sillage nostalgique dans votre tête, on n’oublie jamais un tel voyage grâce à eux. Et d’ailleurs, une rencontre aléatoire qui m’a retourné le cerveau. C’était dans un restaurant paumé et vide, j’ai rencontré un ancien catcheur de la WWE, Chris Jericho !

© La forêt de bambous d’Arashiyama, à Kyoto - Sofian Lakhdar

Le Japon et la Corée du Sud sont-ils des pays faciles pour voyager à vélo ?

Sofian. Un grand oui ! C’était mon premier voyage à vélo. Dans ces deux pays, c’était le paradis pour se déplacer à vélo. Rouler sur les trottoirs est autorisé parce que tout le monde respecte et pense à l’autre. Des konbinis, vous en trouverez partout pour vous ravitailler. Des distributeurs également si vous avez soif. Il y a pas mal de pistes cyclables ou de marquages au sol. Le Japon a gardé les routes que les anciens voyageurs de l’époque d’Edo empruntaient. Du coup on retrouve souvent des chemins praticables proches des routes nationales pour rouler en sécurité.

Quelle est ta philosophie du voyage et de l’aventure à vélo ?

Sofian. C’est avant tout un éloge de la lenteur et de la liberté. À vélo, on ne traverse pas simplement un paysage, on l’habite, on le sent, on le vit à chaque coup de pédale. Ma philosophie c’est de laisser une place immense à l’imprévu. Je ne cherche pas la performance, mais l’immersion. Le vélo est un formidable vecteur social : il brise la glace et rend accessible. C’est le moyen idéal pour provoquer cette fameuse « sérendipité » dont je parlais. Voyager à vélo, c’est accepter d’être vulnérable pour mieux s’ouvrir aux autres et découvrir le monde à hauteur d’homme, avec simplicité et humilité.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans le bikepacking ?

Sofian. Ne réfléchissez pas trop, foncez ! Le piège classique, c’est de vouloir tout contrôler et de partir trop chargé. Restez minimalistes. Dites-vous bien que vous n’utiliserez pas la moitié de votre matériel et qu’au pire, vous trouverez tout sur place. Sur la route, prendre son temps. Contemplez ce qui vous entoure. Se déplacer à vélo c’est lent mais les rencontres se font vite. Enfin, pour l’état d’esprit et la gestion de l’effort, je dirais simplement de suivre les 7 commandements de Vélocio (Paul de Vivie). C’est la base du cyclotourisme : du bon sens qui traverse les époques.

Des projets à venir ?

Sofian. Complètement ! Ce voyage m’a inspiré pour la suite et ma liste s’est allongée. J’aimerais beaucoup partir au Maroc pour rejoindre le Sahara, c’est un projet symbolique, un hommage car c’est là où la majorité de ma famille est née et a vécu. Il y a aussi le Kazakhstan qui m’attire, ou encore Taiwan. C’est un pays coup de cœur où j’ai vécu quelques mois, une destination encore très peu visitée en Asie. Bref, pour l’instant ces projets flottent encore dans les « nuages de rêves », mais ils sont bien là. “​Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve une réalité.” – Antoine de Saint-Exupéry

Traversée la Corée du Sud à vélo

Séoul à Tokyo - Episode 1
Le vélo est un formidable rayon social. On est certes lents dessus, mais les rencontres se font vite.

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