Offrir une seconde vie aux VTT vintage des années 80-90
Au cœur de Groningue, aux Pays-Bas, Tom redonne vie à des VTT en acier des années 80-90 avec son projet The Upcyclist. Accompagné de son fidèle chien Norman, il restaure chaque vélo avec soin, en mettant l’accent sur l’esthétique, le confort et la durabilité. Son atelier ? Sa maison et son jardin. Une approche singulière qui reflète la passion et le savoir-faire artisanal qui caractérisent son travail.
Hello Tom. Peux-tu te présenter rapidement et nous parler de ton projet The Upcyclist ?
Hello, je m’appelle Tom. Je viens à l’origine du Royaume-Uni mais je vis à Groningue, aux Pays-Bas. Avec mon chien Norman (qui vient d’Allemagne), nous restaurons principalement des VTT en acier des années 80 et 90 pour les rendre resplendissants, comme neufs et confortables pour n’importe quel usage. J’enlève également la rouille et j’applique un vernis transparent pour protéger la peinture d’origine, afin d’empêcher la rouille de revenir et leur redonner un éclat comme neuf. C’est quelque chose que l’on voit rarement dans la restauration de vélos. Ce n’est pas une entreprise typique, c’est avant tout un projet passion, dédié à offrir une seconde vie à ces vélos.
As-tu une formation particulière dans le domaine du vélo ?
Ayant fait du vélo depuis mon enfance, avec de nombreuses chutes, je connaissais quelques astuces rapides pour remettre un vélo en état de marche sur le moment. J’ai tout appris par moi-même, principalement grâce à YouTube (merci à RJ the Bike Guy). Mon travail quotidien consiste à enseigner la psychologie à l’université, donc travailler de mes mains est un agréable contrepoids au travail académique.
Tu te souviens de ta première réparation vélo ?
Même si j’ai fait quelques réparations rapides sur mes propres vélos de ville et ceux de mes amis ici aux Pays-Bas, le premier VTT que j’ai trouvé était un Gazelle à 15 € sur un site de seconde main. Je n’avais aucune idée du vélo en lui-même, du modèle, de la qualité, ni même de ce que je voulais en faire, mais j’aimais les couleurs. Je l’ai ramené chez moi, j’ai commencé à le démonter du mieux que je pouvais. Puis, je me suis rendu compte que je n’avais pas les bons outils une fois arrivé au démontage de la cassette ou du boîtier de pédalier. Cette accumulation progressive des bons outils et de connaissances m’a mené là où je suis aujourd’hui.
À quoi ressemble une journée typique de travail ?
Les journées consacrées aux vélos sont particulièrement intenses. Une fois que j’ai promené Norman, c’est non-stop. J’ai tendance à attraper un outil en passant, mais aussi à le laisser là où je l’ai utilisé, ce qui donne un assez grand désordre à la fin de la journée à nettoyer. Ne vous méprenez pas, j’apprécie ces longues journées, je les vois comme une échappatoire à mon travail quotidien. Le fait de travailler avec mes mains est quelque chose auquel j’attache beaucoup de valeur.
Est-ce que Norman te tient toujours compagnie à l'atelier ?
Bien sûr ! Tous ceux qui me connaissent savent que Norman est toujours avec moi. Nous n’avons pas d’atelier, tout se fait littéralement à la maison ou dans le jardin. Norman garde un œil sur ce qui se passe, mais devient un peu méfiant quand à la fin du montage d’un vélo : il sait qu’ils risquent parfois de tomber.
Comment se présente ton espace de travail ?
Mon atelier, c’est ma maison. Je ne veux pas avoir d’atelier à part, car cela signifierait que je devrais générer un certain revenu pour pouvoir le payer. J’adore ce que je fais et je passe au moins trois semaines sur chaque vélo, donc il est impossible de récupérer cet argent avec le prix que je peux facturer.
Les clients ont-ils des exigences spécifiques ou as-tu une certaine liberté créative ?
Souvent, c’est une collaboration, mais j’ai beaucoup de chance d’avoir des clients qui font confiance à mon œil et à mes compétences. Parfois, quelqu’un peut vouloir que tous les composants soient argentés, ce que je m’empresse bien sûr de respecter ce choix. Bien sûr, je propose quelques suggestions sur le type de composants qui pourraient bien rendre, mais pour le reste, je peux prendre beaucoup de décisions moi-même, et j’apprécie vraiment la confiance et la liberté que l’on me donne. Je préfère également ajuster correctement le vélo à chaque personne avant qu’elle ne le ramène chez elle : bien régler la portée, la hauteur du tube supérieur et l’angle du guidon fait toute la différence.
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Pour m’inspirer, la première chose que je fais est simplement de Googler la marque, le modèle et l’année d’un cadre pour voir ce que d’autres ont fait. Je regarde ce que j’aime et ce que je n’aime pas, et à partir de là, je peux me faire une idée assez précise de ce que je veux réaliser. À côté de ça, je passe aussi pas mal de temps à observer le vélo quand il est presque terminé pour réfléchir au type de porte-bagages qu’il pourrait avoir besoin, à la couleur des câbles, voire à la hauteur de la potence et aux dimensions du guidon.
As-tu déjà fait des collaborations avec des artistes?
Je n’ai encore réalisé aucune collaboration, mais j’y suis tout à fait ouvert, à condition que l’opportunité soit pertinente. Par exemple, on m’a proposé des pneus, mais je ne les jugeais pas adaptés à mon travail, alors j’ai poliment décliné.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la restauration de vélos ?
Mon conseil pour quiconque souhaite se lancer dans ce type d’activité est de simplement profiter du processus d’apprentissage. J’apprends toujours quelque chose avec chaque vélo que je restaure, et résoudre les problèmes qui se présentent est souvent nécessaire, mais c’est aussi là que j’apprends le plus. Je ne crois pas qu’il existe de raccourci, mais j’encouragerais chacun à se lancer sans attendre.
Refuses‑tu parfois certains projets ?
La seule règle que j’ai pour les projets que j’accepte, c’est qu’ils doivent avoir des roues de 26 pouces. La plupart du temps, je prends un vélo en acier parmi ceux que j’ai en stock, souvent dans un assez mauvais état, et je le rends comme neuf. Cependant, il m’arrive parfois d’avoir des demandes de clients, par exemple ce Cannondale en aluminium.
Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans la réparation et la personnalisation de vélos ?
Ce que j’apprécie le plus, c’est la liberté. J’aime pouvoir façonner un vélo exactement comme je le souhaite. Cela concerne non seulement son apparence, mais aussi le fait de m’assurer qu’il soit parfaitement adapté à la personne qui le monte. J’aime l’idée que le vélo que j’ai remis à neuf puisse encore avoir au moins trente ans de vie devant lui et qu’il soit là, quelque part, utilisé et apprécié. J’aime entendre ce que deviennent ces vélos, que ce soit pour aller au travail, pour faire du tourisme ou simplement pour aller faire ses courses. J’apprécie également le fait que, si nécessaire, ces vélos puissent être réparés partout dans le monde, sans pièces coûteuses ou difficiles à trouver.
Quels vélos utilises-tu ? Quel est ton préféré ? Et ta pratique ?
Je fais du vélo tous les jours parce que je vis aux Pays-Bas, et même si je ne suis pas néerlandais, j’ai beaucoup trop de vélos à moi. Celui que j’utilise le plus est un « bakfiets », un vélo cargo un peu moche et rouillé, orange, pour transporter Norman. À côté de ça, j’ai un Specialized Hardrock rose de 1991, un Rockhopper de 1989 et un Stumpjumper de 1989, un GT Timberline de 1994, un Karakorkam de 1993 (en cours de restauration) et un Giant Escaper de 1989. Mon préféré est probablement ce dernier, simplement parce qu’il s’est assemblé de façon vraiment réussie. Bien qu’il soit un peu trop flashy pour certains, je trouve que le cadenas de roue rose et le porte-bagages multicolore Manivelle le rendent vraiment unique.
Je fais du vélo tous les jours à cause de l’endroit où j’habite. Avoir Norman avec moi tout le temps signifie que mon bakfiets est le vélo de choix par tous les temps, mais quand je suis seul, je peux choisir n’importe quel VTT que j’ai à disposition et arriver à destination extra rapidement.
Y a-t-il des marques de vélos que tu apprécies particulièrement ?
Non, pas vraiment. Ce qui m’a d’abord attiré vers ces VTT de la fin des années 80 et du début des années 90, c’est leur esthétique, les peintures et les associations de couleurs. En apprenant un peu plus sur les différents types d’acier et les tubes à triple épaisseur, j’en suis venu à apprécier le savoir-faire et la qualité. Je ne suis pas fidèle à des marques spécifiques, c’est plutôt l’individualité du vélo qui compte : un acier à triple épaisseur qui me va bien et une peinture nette sont ce que je préfère.
Tu es basé à Groningen aux Pays-Bas. Est-ce que c’est une ville agréable pour la pratique du vélo ?
D’après le Livre Guinness des records, Groningen est officiellement reconnue comme la ville la plus tournée vers le vélo au monde, donc il est très facile de se déplacer où que l’on ait besoin d’aller, la plupart des trajets se faisant à vélo. Comparé au Royaume-Uni, le terrain n’est pas plus difficile, on n’a pas vraiment besoin de vitesses. En dehors de la ville, il peut y avoir un peu de vent, mais les infrastructures à travers les Pays-Bas rendent le vélo sûr et pratique partout.
Quels nouveaux projets vélo as-tu prévus prochainement ?
Je n’ai pas de commandes prévues pour le moment, mais je suis toujours heureux de recevoir des messages de personnes intéressées par une construction. Mon travail principal me tient occupé en ce moment, ce qui signifie que je peux prendre mon temps sur de nouveaux projets sans me presser. En attendant, cela me permet de profiter à ajuster ma propre flotte de vélos pour qu’ils soient exactement comme je le veux.
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