L’art de faire revivre les vélos vintage dans un atelier londonien
À Londres, dans son appartement, Pierre-Félix redonne vie à des vélos vintage. Designer industriel de formation et passionné de cyclisme, il consacre une grande partie de son temps libre à restaurer des vélos datant des années 60 au milieu des années 90. À travers son projet Thebikefélix, il partage sur les réseaux sociaux ses restaurations minutieuses, où chaque pièce est démontée, nettoyée et remise en valeur.
Pierre-Félix, peux-tu te présenter et nous parler de ton projet Thebikefélix ?
Pierre-Félix. Je travaille à Londres où je vis depuis presque 10 ans. J’ai commencé à travailler avec les vélos lorsque j’étudiais le design en France et je n’ai jamais arrêté depuis. Je me suis vraiment passionné pour la restauration de vélos anciens. Thebikefélix a cependant démarré il y a 4 ans, quand j’ai décidé de transformer ma passion en une véritable activité. J’ai lancé un compte Instagram, partagé mes réalisations et j’ai peu à peu gagné en visibilité. Je ne suis pas à plein temps sur ce projet, je travaille aussi quatre jours par semaine dans un studio de design. Thebikefélix fonctionne généralement les vendredis et week-ends.
As-tu suivi une formation ou des études spécialisées dans le domaine du vélo ?
Pierre-Félix. Absolument pas ! J’ai tout appris par moi-même. J’ai rejoint un atelier coopératif de vélos en France où j’ai appris les bases, mais j’ai surtout acquis la plupart de mes connaissances grâce aux forums de vélos et à YouTube. J’apprends encore aujourd’hui, et c’est justement une partie du processus que j’apprécie beaucoup. Avec les vélos vintage surtout, on ne sait jamais sur quoi on va tomber !
Quelle a été ta toute première expérience en restauration ?
Pierre-Félix. C’était un Lapébie, un vélo en acier français. Je l’ai acheté pour moi comme vélo de tous les jours quand j’étais étudiant. J’ai commencé à bricoler dessus, avec beaucoup d’échecs, tout était nouveau pour moi, j’ai donc dû tout apprendre au fur et à mesure. Le vélo avait sans cesse des soucis, principalement à cause de mes erreurs, mais j’ai continué, et c’est comme ça que ma passion pour les vélos vintage a commencé.
À quoi ressemble une journée typique de restauration d’un vélo à l'atelier Thebikefélix ?
Pierre-Félix. Une journée typique dans mon atelier commence par une rapide inspection du vélo, pour vérifier s’il y a quelque chose de cassé ou qui pourrait devenir problématique par la suite. Ensuite, je démonte complètement le vélo, pièce par pièce. Chaque élément est ensuite démonté plus en profondeur et nettoyé, soit à la main, soit avec mon nettoyeur ultrason. C’est la partie la plus fastidieuse du processus, mais c’est ce qui fait toute la différence. Selon le vélo, je peux également polir certaines pièces. La reconstruction a généralement lieu un autre jour, car je dois souvent commander quelques pièces pour le remontage.
Comment décrirais-tu l’atmosphère de ton atelier ?
Pierre-Félix. Mon atelier est très petit. J’ai eu la chance de commencer dans un garage, mais actuellement c’est une petite pièce à l’intérieur de mon appartement. Vivre dans un appartement est un petit défi, surtout lorsqu’on fait entrer et sortir des vélos. Cela a nécessité quelques aménagements pour ne pas abîmer l’espace (les tapis en mousse ont été une grande amélioration, par exemple). Mais j’adore le fait que l’atelier fasse partie intégrante de l’appartement, ce qui me permet d’y accéder à tout moment. Je passe beaucoup de temps à concevoir quelques solutions sur mesure pour le rendre plus pratique. Par exemple, j’utilise des caisses Royal Mail trouvées dans la rue pour organiser mes pièces et j’ai fabriqué un panneau perforé et des étagères avec un ami pour avoir plus de rangement.
Sur quels types de vélos te concentres-tu particulièrement ?
Pierre-Félix. Principalement des vélos vintage, des années 60 jusqu’au milieu des années 90. Je ne touche pas trop aux vélos modernes, ils nécessitent des outils et des compétences différents, donc pas de carbone par exemple. Mes préférés sont les vélos d’avant les années 80, qui, selon moi, étaient tout simplement très bien conçus.
Ton travail ne se limite pas à la restauration de vélos : en tant que designer, tu crées également d’autres accessoires, qu’ils soient utilitaires ou ludiques.
Pierre-Félix. Absolument, je suis designer industriel, donc j’ai naturellement commencé à créer certaines pièces destinées aux vélos. Je bricole principalement avec l’impression 3D, car cela me permet de concevoir et de tester rapidement différentes versions. L’année dernière, j’ai lancé un capuchon de pédalier en forme de smiley qui est devenu assez populaire. Il est actuellement en plastique, mais je vise à sortir une version en aluminium cette année.
As‑tu eu l’occasion de collaborer avec des artistes ou des créateurs, ou est-ce un projet que tu envisagerais ?
Pierre-Félix. Je l’ai fait quelques fois. La communauté vélo de Londres est assez petite et j’y ai rencontré des amis et des personnes formidables, donc nous avons naturellement fait quelques collaborations. Cela tourne généralement autour des vélos, mais j’ai aussi eu quelques collaborations avec des illustrateurs et des artistes. J’adore ces projets : nous sommes aussi plus forts ensemble et j’aime pouvoir travailler avec des personnes talentueuses dont j’admire déjà le travail.
Quels conseils donnerais‑tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la restauration de vélos ?
Pierre-Félix. Commencez avec un vélo d’entrée de gamme, pas cher : vous ferez des erreurs et casserez des choses au début, donc mieux vaut ne pas commencer directement sur un vélo de valeur. Ne vous précipitez pas, prenez votre temps et étalez le processus sur quelques semaines. Aussi, si vous êtes bloqué, prenez un jour ou deux avant de revenir dessus ; parfois ça peut être frustrant, et prendre un peu de recul aide à retrouver la motivation. Profitez des forums et des communautés en ligne, on peut obtenir énormément d’aide sur ces plateformes. YouTube est également un excellent endroit pour apprendre. Je recommande le site incroyable Sheldon Brown, ainsi que les chaînes YouTube RJthebikeguy ou Park Tool, et il y en a plein d’autres !
Qu’est-ce que tu apprécies le plus quand tu répares et personnalises des vélos ?
Pierre-Félix. J’apprécie vraiment le processus, c’est presque thérapeutique : ne pas travailler sur un ordinateur et se concentrer entièrement sur des tâches manuelles est très gratifiant. J’adore aussi apprendre l’histoire du vélo et de ses pièces. C’est très intéressant de voir comment la technologie a évolué et comment le design des pièces a changé au fil du temps. Réaliser des montages personnalisés est également un processus très créatif : j’adore planifier quelles pièces je vais installer pour obtenir un look unique. Et bien sûr, la satisfaction de voir le « avant/après » et de constater la différence que fait le temps passé à travailler sur le vélo.
Quel type de vélo utilises‑tu au quotidien, et peux‑tu nous parler un peu de ta pratique ?
Pierre-Félix. Évidemment, je roule sur un vélo vintage en acier. Actuellement, c’est un Raleigh Panasonic des années 80, construit avec un cadre Reynolds 501 et modifié pour répondre à mes besoins de trajet quotidien. J’ai aussi un autre Raleigh que j’utilise lorsque je pars pour de vraies sorties ; celui-ci est équipé d’un mélange de pièces vintage et modernes un peu « exotiques », et je l’adore vraiment.
Je passe plus de temps dans mon atelier qu’à rouler à vélo. J’adore pédaler, mais c’est plus difficile de se motiver quand on vit dans une grande ville comme Londres, car il faut toujours prendre le train ou rouler longtemps dans des zones urbaines compliquées avant d’arriver aux parties agréables d’une sortie. Il y a quelques sorties collectives à Londres et je les adore vraiment : rouler avec d’autres passionnés de vélo est toujours la meilleure sensation.
Est-ce que Londres est une ville agréable pour faire du vélo ?
Pierre-Félix. Je ne suis peut-être pas très objectif car je vis dans l’est de Londres, mais j’apprécie vraiment de rouler à vélo dans ce quartier : il y a beaucoup de pistes cyclables et de nombreuses rues calmes. J’aime bien rouler à vélo dans tout Londres, mais certaines parties de la ville sont plus difficiles que d’autres pour le cyclisme. L’Angleterre est un pays magnifique et j’ai eu la chance de visiter beaucoup d’endroits. J’aime particulièrement le Lake District ou le New Forest pour faire du vélo et du bikepacking
Y a-t-il des marques/produits que tu apprécies particulièrement ?
Pierre-Félix. J’adore les marques qui fabriquent encore des pièces de qualité avec un look vintage. Des marques comme Velo Orange, Dia-Compe ou Nitto sont mes préférées. Elles produisent des pièces excellentes qui durent plus d’une vie.
Construction d’un mini vélo cargo pliant
Des projets en cours ou à venir ?
Pierre-Félix. Cette année, je veux me concentrer un peu plus sur l’un de mes projets annexes, qui concerne une vraie pièce de vélo. Je ne peux pas en dire trop pour l’instant, car c’est encore un projet un peu secret, mais je travaille dessus depuis longtemps et je me rapproche des prototypes finaux.
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