Aller au contenu
Design Interview

Des sacoches de vélo uniques issues de la récupération

Soso la sacoche est un projet artisanal et engagé porté par Solène, une créatrice lyonnaise passionnée de vélo et sensible aux enjeux environnementaux. Née d’une expérience personnelle lors de ses débuts en bikepacking, l’initiative repose sur une idée simple mais forte. Elle souhaite donner une seconde vie à des matériaux destinés à être jetés en les transformant en sacoches de vélo uniques, fonctionnelles et esthétiques.

Hello Solène, peux‑tu te présenter et nous raconter comment est né ton projet Soso la sacoche ?

Solène. Le projet est né quand j’ai découvert le bikepacking en mars 2025, il y a plus d’un an, avec des amis. Ça faisait déjà un moment que j’avais envie de partir en voyage à vélo, donc on s’est lancés dans une petite initiation tous ensemble.

Et quelques semaines avant de partir, je me suis rendu compte que je n’avais pas de sacoche, alors que j’en avais vraiment besoin pour transporter mes affaires sur le vélo.

Un soir, chez moi, je me suis rappelée que j’avais un vieux sac à dos acheté en seconde main que je n’utilisais plus. Et je me suis dit que c’était parfait comme matériau pour fabriquer une sacoche de cadre. Je l’ai découpé et je me suis lancée dans la fabrication de ma première sacoche.

C’était clairement un prototype, avec pas mal d’erreurs, mais au final ça a super bien marché.

Quand je suis partie avec mes amis, ils ont tous trouvé ça trop cool : le fait de récupérer des vieux objets et de les transformer en sacoches de vélo. Ils m’ont vraiment encouragée à continuer, en me disant que c’était une super idée.

Et c’est comme ça que le projet est né.

© Soso la sacoche

Qu’est-ce qui t’a donné envie de créer tes sacoches et surtout de les fabriquer avec des matériaux recyclés ?

Solène. J’ai toujours été assez sensible aux enjeux environnementaux et au recyclage. J’essaie moi-même, quand je peux, d’adopter une démarche zéro déchet, donc c’est quelque chose qui fait vraiment partie de mon quotidien.

Assez naturellement, j’ai eu envie d’expérimenter avec des matériaux récupérés. Au début, j’ai commencé avec ce fameux sac à dos, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas étanche et que c’était quand même important d’avoir des sacoches qui résistent un minimum à la pluie ou même à la rosée du matin.

Alors j’ai commencé à tester d’autres matériaux. Par exemple, je suis allée récupérer à vélo une grande tente, que j’ai utilisée pour fabriquer de nouveaux prototypes. Petit à petit, j’ai continué à expérimenter avec plein de matières différentes.

Puis, je me suis rendu compte qu’il existe énormément de matériaux auxquels on ne donne qu’une seule vie, alors qu’ils pourraient être réutilisés. L’idée du projet, c’est vraiment ça : récupérer ces tissus, ces matières, et leur offrir une seconde vie en les transformant en sacoches.

Peux-tu nous décrire ton atelier ? Quelle est l’ambiance et quel type de matériel tu utilises pour fabriquer tes sacoches ?

Solène. Alors, je n’ai pas vraiment d’atelier à proprement parler : je travaille chez moi, sur ma table à manger. J’ai dû réorganiser un peu tout l’espace de mon appartement pour m’adapter. J’ai installé des étagères que j’ai récupérées pour stocker mes matériaux, et ma machine à coudre reste quasiment tout le temps sur la table. C’est vraiment un mélange entre mon espace de vie et mon espace de travail.

Côté matériaux, ça a pas mal évolué avec le temps, et ça dépend beaucoup de ce que j’arrive à récupérer. J’aime particulièrement travailler avec de la bâche publicitaire, parce qu’elle est imperméable, donc idéale pour des sacoches. Par contre, c’est un matériau assez technique à coudre. Au début, j’utilisais aussi de la voile de planche à voile pour mes premières sacoches, et je continue à chiner ce genre de matériaux pour leur donner une seconde vie.

Soso la sacoche

Est-ce que tu as appris la couture grâce à ce projet, ou avais-tu déjà des bases auparavant ?

Solène. Je savais déjà coudre un peu avant. J’ai toujours aimé raccommoder des choses et créer depuis que je suis petite. Mais c’est vraiment pendant la période du Covid que je m’y suis mise plus sérieusement : je me suis acheté une machine à coudre et j’ai appris toute seule, en testant plein de choses. À l’époque, j’avais trouvé une vieille machine sur Le Bon Coin pour 40 euros. Elle était assez incroyable, avec un super moteur, mais pendant le projet, elle a fini par fatiguer un peu, donc j’ai dû investir dans une nouvelle machine. J’ai quand même réussi à réparer l’ancienne, mais aujourd’hui je la garde plutôt pour des projets plus simples ou des petites créations perso.

© Soso la sacoche

Comment définis‑tu le style ou l’identité visuelle de tes sacoches ?

Solène. Je dirais que ce sont des sacoches assez colorées, qui viennent vraiment apporter de la personnalité et de la couleur au vélo. Chaque pièce est unique, et elles portent aussi un message important autour du surcyclage. J’essaie de montrer qu’on peut créer des objets à la fois utiles et esthétiques à partir de matériaux déjà existants. Il y a aussi parfois une dimension un peu plus engagée, par exemple avec certains éléments que je chine, comme des bâches des Eurogames, qui apportent une notion d’inclusion. Finalement, ce sont des sacoches assez simples dans leur forme, mais colorées, uniques, et adaptées aussi bien au voyage qu’à un usage du quotidien en ville.

Où trouves-tu ton inspiration ?

Solène. Je m’inspire beaucoup de mes propres usages et de ce dont j’ai besoin au quotidien sur mon vélo. Je réfléchis à ce que j’aimerais avoir comme équipement, selon les situations.

Par exemple, aujourd’hui, j’ai développé plusieurs formats : une petite sacoche de guidon, pratique pour la ville et les petits objets ; une grande sacoche de cadre, plutôt pensée pour le voyage mais qui fonctionne aussi très bien au quotidien ; une sacoche de demi-cadre, qui permet de garder de la place pour un bidon ; ou encore une petite sacoche triangulaire, idéale pour les petits cadres ou pour ranger du matériel de réparation. Et puis il y a aussi les porte-bidons, que je trouve vraiment super pratiques.

Donc au final, mon inspiration vient beaucoup de l’usage : je réfléchis aux différents types de vélos, aux besoins des personnes, aux “setups” possibles, et j’essaie d’imaginer des solutions à la fois pratiques et adaptées à chaque situation.

Comment choisis-tu les matériaux ?

Solène. J’ai fait pas mal de tests avec différents matériaux au début : de la toile de tente, des vieux K-way, des bâches, différents tissus. J’ai aussi essayé avec de la voile de planche à voile ou de bateau. Petit à petit, j’ai affiné mes choix, et aujourd’hui j’ai trouvé un matériau avec lequel je suis vraiment à l’aise : la bâche publicitaire. Elle est résistante, imperméable, et elle offre aussi pas mal de possibilités en termes de rendu. Après, le choix des matériaux dépend aussi de ce que j’arrive à récupérer. J’essaie de les sélectionner en fonction de leur état, mais aussi de leurs couleurs, pour créer des sacoches qui soient à la fois solides et esthétiques.

© Soso la sacoche

Peux-tu nous décrire les étapes de fabrication, du matériau brut à la sacoche terminée ?

Solène. La première étape, c’est de récupérer les matériaux. J’essaie au maximum d’aller les chercher à vélo, donc ça passe par contacter des structures, voir si elles acceptent de me donner leurs matières, puis aller les récupérer.

Une fois que je suis chez moi, je prends le temps de regarder ce que j’ai, et de réfléchir à comment je vais l’utiliser. J’organise les découpes : combien de sacoches je peux faire, quelles zones sont abîmées et que je dois éviter, comment optimiser le matériau.

Ensuite, je passe au nettoyage, puis je trace les formes avant de découper.

Une fois que tout est prêt, je couds les différentes parties entre elles. Il m’arrive aussi de fabriquer moi-même certaines sangles.

Et après, il y a une étape un peu technique : retourner la sacoche une fois qu’elle est assemblée. C’est souvent le moment le plus délicat.

Enfin, je vérifie que tout est bien OK, qu’il n’y a pas de défauts. Ça m’arrive encore de faire quelques erreurs, surtout parce que la bâche n’est pas toujours facile à coudre mais ça fait aussi partie du processus.

As-tu une création préférée ou une histoire particulière autour d’une sacoche que tu as fabriquée ?

Solène. Je pense que ma création préférée, c’est la sacoche que j’utilise actuellement sur mon vélo. À la base, j’avais trouvé une voile de planche à voile pour laquelle j’ai eu un vrai coup de cœur. Les couleurs étaient incroyables : il y avait du jaune, du vert et du bleu, qui sont justement mes couleurs préférées. J’ai réussi à récupérer cette voile, et je m’en suis servi pour fabriquer ma propre sacoche de cadre. Et c’est un peu à partir de là qu’est née l’identité visuelle du projet : j’ai repris ces couleurs pour créer mon logo. Je voulais que mes sacoches soient colorées, qu’elles apportent vraiment quelque chose de vivant sur les vélos. Et ce que j’aime dans cette histoire, c’est que j’ai réussi, à partir d’un matériau récupéré, à créer un objet qui me ressemble vraiment, que j’utilise au quotidien et qui soutient le projet.

© Soso la sacoche

Quelles sont les difficultés que tu rencontres en travaillant avec des matériaux recyclés ?

Solène. La première difficulté, c’est de trouver des matériaux adaptés. Il faut qu’ils soient assez solides pour faire des sacoches, mais aussi en bon état et avec des couleurs intéressantes. Une fois que je les ai, il peut quand même y avoir des petits défauts, forcément, puisque ce sont des matériaux de récupération. Cela peut parfois se retrouver sur les sacoches finales. Mais en général, je fais attention à bien sélectionner ce que j’utilise, et à placer ces petites imperfections de manière discrète. Et surtout, j’évite les matériaux trop abîmés, pour garantir quand même une bonne qualité. Donc voilà, c’est surtout ça la principale contrainte avec le surcyclage mais ça fait aussi partie du charme du produit.

As-tu déjà collaboré avec des artisans ou artistes ? Ou quelles seraient les collaborations que tu aimerais développer à l’avenir ?

Solène – Je n’ai pas encore eu l’occasion de collaborer avec des artisans ou des artistes, mais c’est quelque chose qui m’intéresserait beaucoup pour la suite. J’aimerais notamment travailler avec des personnes qui réparent ou retapent des vélos. L’idée, ce serait de créer une sorte d’écosystème autour du vélo : un endroit où on peut à la fois faire réparer son vélo, et aussi s’équiper avec des accessoires comme des sacoches surcyclées. Ce serait une façon de créer une démarche vraiment cohérente et vertueuse, où on prolonge la vie des objets, à la fois en réparant et en consommant différemment.

Tu es basée à Lyon : est-ce que la ville est agréable pour faire du vélo, et qu’en est-il des alentours ?

Solène. J’adore Lyon, je trouve que c’est une ville où le vélo est assez facile à pratiquer. Il y a pas mal d’axes vraiment chouettes pour se déplacer au quotidien, donc c’est plutôt agréable. Et surtout, on peut très facilement sortir de la ville à vélo, grâce aux grandes pistes cyclables qui permettent de rejoindre les alentours assez rapidement. Il y a aussi le train, avec les TER, qui sont super pratiques : en une heure à peine, on peut se retrouver dans des endroits complètement différents, en pleine nature, et partir pédaler. Donc oui, entre la ville et ses alentours, c’est un terrain de jeu vraiment idéal pour le vélo.

Peux‑tu nous parler de ta pratique du vélo et du type d’utilisation que tu en fais au quotidien ?

Solène. J’essaie de me déplacer un maximum à vélo au quotidien, sinon à pied. Que ce soit pour aller chercher des matériaux, me déplacer en ville ou rejoindre des amis, le vélo fait vraiment partie de mon quotidien. Et à côté de ça, j’aime beaucoup partir en voyage à vélo, que ce soit pour des week-ends ou des périodes un peu plus longues. C’est vraiment ce que je préfère. J’aime bien rouler sur des terrains de moyenne montagne, ou sur des parcours gravel assez roulants. C’est une pratique assez variée au final, entre utilitaire et plus sportive/ contemplative, mais toujours avec le même plaisir de rouler.

© Soso la sacoche

Peux-tu revenir sur ta première expérience de voyage à vélo ?

Solène. Je suis partie pour mon premier voyage à vélo le temps d’un week-end avec des amis, à la mi-mars. Il faisait encore assez frais, et pas forcément très beau. À la base, je devais partir avec mon vélo de ville, Marcel, un vélo assez lourd, avec peu de vitesses. Mais la veille du départ, en le réglant, j’ai cassé une pièce au niveau du guidon… impossible de réparer à temps. Finalement, un ami m’a prêté son vélo de voyage, un Genesis, et ça a été un mal pour un bien : j’avais un vélo beaucoup plus adapté, avec plein de vitesses.

C’était une vraie initiation au bikepacking, avec un groupe assez mixte : certains étaient déjà très expérimentés, d’autres, comme moi, débutaient complètement.

Je dois dire que ça a été assez intense : on a fait plus de 1200 mètres de dénivelé en une journée, ce qui était une première pour moi. À un moment, c’était vraiment dur, j’ai même fini par marcher à côté du vélo, et je me suis dit que j’allais abandonner. Mais une fois arrivée en haut du col, le fait de se poser avec les copains, manger un bout, profiter du paysage et être fière de l’effort accompli, c’était incroyable.

On a dormi sous tente, et c’est tout ça que j’adore dans le vélo : les pauses, les discussions, le fait de gérer son effort, de découvrir des paysages, et de finir la journée avec ce sentiment de satisfaction.

On a roulé sur différents terrains, de la route mais aussi un peu de gravel. Moi qui aimais déjà beaucoup la randonnée, le vélo m’a permis d’aller plus loin, de voir plus de choses, avec un effort différent.

Et clairement, je suis tombée amoureuse de cette pratique.

Comment vois-tu l’avenir des accessoires de vélo durables dans les années à venir ?

Solène. Je pense que les gens sont de plus en plus sensibles aux questions de surcyclage et de réutilisation, donc ça va forcément prendre plus de place dans les années à venir. À mon avis, on va voir de plus en plus d’accessoires de vélo fabriqués à partir de matériaux réutilisés, avec une vraie réflexion autour de la durabilité et de la manière de consommer.

Et puis les sacoches de vélo, au-delà du voyage, c’est aussi hyper utile au quotidien. En ville, ça permet de transporter facilement ses courses ou ses affaires sans dépendre d’une voiture. Donc je pense qu’il y a à la fois une évolution des mentalités et un vrai besoin pratique, qui vont dans le même sens.

Un conseil pour quelqu’un qui veut se lancer dans la création d’équipements textiles pour vélo ?

Solène. Je dirais de suivre ses idées, et surtout de tester plein de choses pour voir avec quoi on se sent à l’aise. J’ai par exemple créé mes propres patrons et trouvé mes matériaux de prédilection en expérimentant beaucoup, en essayant différentes techniques et matières. Donc mon conseil, ce serait vraiment de prendre le temps de chercher, de tester, et de construire quelque chose qui nous ressemble.

© Soso la sacoche

Quelles sont les prochaines étapes et les évolutions prévues pour ton projet de sacoches vélo dans les mois à venir ?

Solène. La prochaine grosse étape, c’est le lancement de mon site internet, le 12 avril, avec un premier drop de sacoches. C’est un vrai test pour moi, parce que ça va me permettre de voir si les sacoches plaisent, si elles se vendent, et aussi de mieux comprendre ce que les gens préfèrent : les formats, les couleurs, les usages.

Ensuite, l’idée, ce serait de proposer des drops plus réguliers.

Et j’aimerais aussi beaucoup développer des collaborations avec des entreprises/ assos/ évènements, notamment pour récupérer leurs matériaux publicitaires, comme des bâches, et les transformer. C’est quelque chose que j’ai déjà fait, par exemple avec les Eurogames, où j’ai réutilisé leurs bâches pour créer des sacoches, mais aussi des sacs de sport et des tote bags.

J’aimerais vraiment continuer dans cette direction, parce que ça permettrait à la fois de pérenniser mon activité et de proposer des projets un peu différents, avec plus de diversité.

En savoir plus sur Solène

Solène

Il existe énormément de matériaux auxquels on ne donne qu’une seule vie, alors qu’ils pourraient être réutilisés.

Partager

Vous pourriez aussi aimer

L’art de faire revivre les vélos vintage dans un atelier londonien

Lire l'article
L’art de faire revivre les vélos vintage dans un atelier londonien