À deux roues et à deux, l’incroyable aventure d’un couple suisse
Le duo suisse Fiona et Bryan a tout quitté pour parcourir le monde à vélo, partageant leurs aventures, conseils et rencontres inoubliables. Ils ont parcouru plus de 22 000 km à travers 21 pays, chaque kilomètre partagé a renforcé leur lien et leur amour pour l’aventure simple et authentique. Leur périple a donné naissance au documentaire Du Bonheur à la chaîne, qui retrace leur incroyable voyage et les rencontres qui les ont marquées. Il nous plonge dans le monde du cyclovoyage et met en lumière la richesse des différentes façons de voyager à vélo.
Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots. Comment avez-vous découvert le bikepacking ?
Fiona et Bryan. Nous sommes Fiona et Bryan, deux Suisses qui ont décidé de tout plaquer, travail, appartement et routine pour vivre une aventure à vélo autour du monde. Bryan est le mécano de l’équipe prêt à trouver des solutions au moindre problème technique, Fiona est la créative du duo, derrière la caméra et le montage de nos vidéos YouTube Le Bruit du Gravier. Le bikepacking est venu naturellement : une envie de liberté, d’aventure, et de découvrir le monde autrement, guidés par nos guidons plutôt que par un agenda.
Pouvez-vous nous raconter brièvement l’ensemble de vos voyages et comment vous choisissez votre destination ?
Fiona et Bryan. Depuis 2018, nous avons commencé à apprivoiser le voyage à vélo avec ce qu’on avait sous la main : nos VTT et un équipement très basique. Après une expérience catastrophique en France (qui aurait pu nous décourager), nous avons repris confiance en explorant la Suisse, puis les magnifiques voies cyclables françaises, avant de pousser jusqu’en Espagne. Petit à petit, on a gagné en expérience, en matériel… et en envie de voir plus loin. En 2023, nous avons donc décidé de nous lancer dans un grand voyage sans date de retour. Résultat : 19 mois d’aventure, 22 500 km parcourus et 21 pays traversés !
Pour choisir notre direction, on avait certes un tableau Excel avec les saisons favorables dans chaque pays… mais une fois en route, on avançait surtout “carte ouverte”, en laissant nos envies, les routes, les opportunités et les rencontres dessiner notre véritable itinéraire.
Racontez nous le souvenir de votre tout premier voyage à vélo ?
Fiona et Bryan. On en rit encore beaucoup. Franchement, ça aurait pu être aussi le dernier ! On avait choisi la ViaRhôna, de Genève à Lyon, en mode “week-end aventure”. Dans nos sacoches : trois bricoles, un kit de réparation… et zéro bon sens côté équipement. En l’espace d’un week-end, nous avons traversé la canicule… puis la mousson. Résultat : Fiona a pris une insolation et est tombée malade pendant deux nuits. Comme c’était un dimanche, impossible de trouver une pharmacie, et nous n’avions même pas de trousse de premiers secours à l’époque. Heureusement, d’autres campeurs ont pu nous dépanner avec quelques médicaments. Le problème, c’est qu’en plus de ça, nous n’avions rien pour nous protéger du froid et de la pluie. Nous étions bloqués, trempés, frigorifiés sous notre tente, incapables d’avancer. Finalement, les parents de Bryan ont dû venir nous “sauver” de cette galère.
Avec le recul, c’était une sacrée leçon : mieux vaut être préparé ! Et grâce à cette mésaventure, toutes les aventures suivantes se sont déroulées avec beaucoup plus de sagesse… et un peu plus de matériel dans nos sacoches.
Quel type de vélo utilisez-vous et quels sont les équipements indispensables pour le bikepacking ?
Fiona et Bryan. Nous roulons sur des vélos solides en acier, des Kona Sutra. L’acier, c’est un peu le matériau parfait pour le voyage : robuste, confortable grâce à sa souplesse (il absorbe bien mieux les irrégularités qu’un cadre en aluminium une fois chargé), et surtout réparable partout dans le monde, car il se ressoude facilement aux quatre coins de la planète.Tout notre équipement a été choisi avec la même logique : privilégier la fiabilité et la facilité à trouver des pièces de rechange en route, tout en supportant le poids conséquent de nos sacoches (jusqu’à 55 kilos chacun !).
Nos indispensables ? Des vêtements polyvalents, des sacoches étanches et robustes, un réchaud avec une petite casserole (même si on rêve encore d’un vrai four pour cuisiner…), et du matériel de camping fiable. Avec ça, on peut affronter à peu près toutes les conditions, du soleil brûlant aux nuits glaciales.
Comment gérez-vous le quotidien sur la route, vis à vis de l'hébergement, la nourriture et l'eau ?
Fiona et Bryan. Sur la route, on a vite appris à revoir nos standards à la baisse… et finalement à trouver du charme partout. Dormir dans une grange, un cabanon, une caravane un peu vieillotte, ou alterner camping et bivouac : ça fait partie intégrante de l’aventure. Et souvent, la générosité des habitants est venue compléter nos nuits avec de belles surprises et des rencontres inoubliables. Pour la nourriture, c’est la débrouille permanente : en Asie, on s’est régalés de street-food à chaque coin de rue, alors qu’ailleurs, c’était plutôt réchaud, petite casserole et courses locales. Pas de plats gastronomiques, mais de quoi tenir la distance !
L’eau, de notre côté, n’a jamais vraiment été un problème. En Asie, on trouvait facilement des fontaines filtrées, et dans les zones plus isolées comme au Canada, on avait une pompe à main avec filtre pour puiser directement dans les rivières ou les fontaines. Résultat : on n’a jamais manqué de rien, même dans les coins les plus reculés.
De quelle manière financez-vous vos aventures à vélo ?
Fiona et Bryan. Avant de partir, nous avons travaillé plusieurs années et mis de côté le plus possible. Mais la vraie astuce, ce n’est pas seulement d’épargner : c’est d’apprendre à réduire toutes ces petites dépenses du quotidien qu’on ne remarque même plus en vivant une vie sédentaire. L’abonnement téléphonique trop cher, les restos réguliers, les achats de confort ou matérialistes… Sur plusieurs années, ça fait une sacrée différence, et ça peut se transformer en kilomètres d’aventure. Une fois sur la route, on continue dans le même esprit : vivre simplement. La street-food plutôt que les restaurants, le bivouac ou les hébergements simples, et surtout un rythme lent qui permet d’étaler le budget. Finalement, le bikepacking nous a appris qu’on peut se contenter de peu, et que ce “peu” devient rapidement une nouvelle façon de vivre… qui rend incroyablement heureux.
Comment avez-vous trouvé votre équilibre à deux sur la route ? Y a-t-il eu des moments où la dynamique du couple a été mise à l’épreuve ?
Fiona et Bryan. Voyager à vélo à deux, c’est une immersion totale dans la vie de l’autre. On partage chaque instant : l’effort physique, la fatigue, les imprévus, mais aussi la beauté des paysages et la joie des rencontres. Cette proximité constante nous a appris à mieux communiquer et à nous écouter, à respecter les rythmes de chacun et à trouver un équilibre dans le tumulte du voyage.
Les difficultés telles que la pluie, le vent, un réchaud capricieux ou une pièce du vélo qui casse au pire moment de la journée deviennent autant de petites épreuves qui soudent. Chaque obstacle surmonté ensemble renforce notre confiance et notre complicité, comme si chaque coup de pédale tissait un fil invisible entre nous.
Finalement, ce voyage a véritablement renforcé notre duo. Chaque kilomètre partagé a créé des souvenirs, des anecdotes et une complicité que nous n’aurions jamais imaginée avant de prendre la route. Et pour être honnêtes… survivre à 19 mois de bikepacking à deux, c’est presque un sport extrême : on s’est aimés, on s’est énervés… et on est toujours là, ensemble et prêts à repartir pour de nouvelles aventures.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris l’un chez l’autre pendant vos voyages ?
Fiona et Bryan. Ce qui nous a le plus surpris l’un chez l’autre, c’est cette capacité incroyable à s’adapter à chaque situation et à se relever après chaque galère. Voyager 24h/24 révèle des habitudes et des qualités qu’on ne remarque pas dans la vie de tous les jours.
Fiona, par exemple, peut monter et finaliser des vidéos sur un iPad, n’importe où dans le monde, même après une longue journée de pédalage et d’organiser de belles surprises en chemin ou d’avoir les meilleures plans pour faire une pause ressourçante. De son côté, Bryan a cette faculté de réparer presque tout, rapidement et avec une débrouillardise étonnante, peu importe l’endroit ou la situation.
Ces surprises, ces talents inattendus, nous ont non seulement aidés à surmonter les difficultés, mais ont aussi renforcé notre admiration mutuelle et notre complicité.
Parmi toutes vos aventures, y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement touché ?
Fiona et Bryan. Tellement… Comme ce chauffeur de tuk-tuk au Cambodge qui nous a conduits dans un garage après un accident, ou la communauté Warmshower qui nous a ouvert leur porte comme des amis alors que l’on ne se connaissait pas. Ces gestes simples, spontanés, créent des souvenirs inoubliables.
Quel a été votre plus beau souvenir ?
Fiona et Bryan. Chaque pays que nous avons visité a été inoubliable. Mais ce qui nous a marqué partout, ce sont les rencontres et la générosité des gens autour du monde. Mais il y a aussi ces moments hors du temps en pleine nature, dans notre tente ou sur notre vélo, qui nous ont fait réaliser qu’on vivait exactement là où on voulait être.
Y a-t-il eu des étapes particulièrement dures, tant sur le plan physique que moral ?
Fiona et Bryan. Oui, certaines étapes ont été particulièrement dures, tant physiquement que moralement. Le Canada, par exemple, a été un vrai défi : des distances immenses à parcourir chaque jour, des hébergements plus espacés et moins de liberté pour bivouaquer. Après plus d’un an sur la route, la fatigue de devoir constamment chercher où dormir pesait parfois plus lourd que nos sacoches.
Ces moments ont mis notre endurance et notre patience à l’épreuve, mais ils nous ont aussi appris à mieux gérer l’incertitude et à apprécier encore plus les petites victoires quotidiennes : une pause bien méritée, un abri à trouver à temps, ou simplement un coucher de soleil après une longue journée de pédalage.
Est-ce que vous voyagez parfois seul à vélo ?
Fiona et Bryan. Non, nous ne voyageons pas vraiment seuls. L’aventure à deux fait partie de notre équilibre : partager chaque étape, chaque effort, chaque découverte rend l’expérience plus riche et plus intense. Voyager ensemble nous permet de nous soutenir mutuellement dans les moments difficiles, de célébrer les réussites, et de profiter pleinement de la complicité qui se crée sur la route.Cela dit, nous restons ouverts à l’idée de petites micro-aventures en solo un jour, juste pour le plaisir de tester nos propres limites et de découvrir le monde sous un angle différent. Mais pour l’instant, la route se vit à deux, et c’est là que nous nous sentons le mieux.
Décrivez-nous votre philosophie du voyage et de l’aventure à vélo ?
Fiona et Bryan. Rouler, avancer, accepter l’imprévu. Le vélo enlève une barrière avec les autres : on est vulnérables, accessibles et ça ouvre la porte à l’échange, à la rencontre mais surtout à l’inconnu pleine de bonnes surprises. Pour nous, voyager à vélo, c’est prouver qu’il n’y a pas besoin de luxe pour vivre un moment inoubliable.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans le bikepacking ?
Fiona et Bryan. Commencez simple : 1 journée ou 1 week-end proche de chez soi. Ne pas trop planifier. Accepter l’imprévu, se lancer même si tout n’est pas “parfaitement” prêt. Le vélo, ça s’apprend en roulant. Et surtout : ne pas avoir peur de revoir ses critères de confort. Les plus belles histoires se trouvent souvent hors de sa zone de confort.
Des projets autour du vélo à venir ?
Fiona et Bryan. Après 22 000 km, nous avons envie de ralentir un peu. Place aux micro-aventures et aux escapades dans la nature près de chez nous, tout en continuant à partager notre expérience en vidéo YouTube avec d’autres. Nous participerons notamment à divers festivals pour présenter notre film documentaire, qui sera projeté au festival suisse Festivelo à Lausanne en novembre 2025.
Le vélo reste notre fil rouge, mais nous voulons montrer qu’il n’est pas nécessaire de faire le tour du monde pour retrouver sa liberté. Cet été, nous avons parcouru le tour du Mont-Blanc à pied, un voyage qui nous a rappelé de nombreux souvenirs : chercher des endroits pour bivouaquer, ressortir notre réchaud pour cuisiner de simples repas, et profiter pleinement de la vie en plein air.
Pour l’année prochaine, nous hésitons encore sur plusieurs destinations, avec l’envie d’explorer l’Europe à nouveau avec nos fidèles compagnons à deux roues. Ce que nous voulons avant tout montrer, c’est que la liberté est accessible partout et qu’il y a autant de façons de voyager que de voyageurs à vélo.
Du bonheur à la chaîne
Vous pourriez aussi aimer
Entre réparation et valorisation, les vélos anciens reprennent vie