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Sportif Interview

De compétiteur des années 90 à coach de la nouvelle génération

Ancien compétiteur spécialiste des épreuves d’ultra-distance dans les années 90, Michel s’est illustré très jeune avec plusieurs performances marquantes, dont un record d’Europe des 24 heures et un record du monde des 48 heures sur home trainer. Après sa carrière sportive, il s’est tourné vers l’encadrement et la formation, mettant son expérience au service des cyclistes de tous niveaux. Aujourd’hui entraîneur indépendant et impliqué dans le développement du cyclisme, il partage avec nous son parcours, sa vision de l’ultra-cyclisme et sa philosophie du coaching.

Michel, peux-tu te présenter rapidement ?

Michel. Michel MUSSOT, 53 ans, je suis natif de Metz en France. Compétiteur cycliste et spécialiste des épreuves ultra dans les années 1990, puis j’ai entamé une formation du ministère des sports ( brevet d’état d’éducateur sportif des activités du cyclisme) en France afin de pouvoir encadrer et entraîner. Durant près de 15 ans j’ai été conseiller technique au sein d’une fédération sportive nationale. Je suis indépendant depuis 2012.

Comment as-tu fait tes premiers pas dans le cyclisme ?

Michel. J’ai découvert le vélo à mes 15 ans et la compétition à 16 ans. Le début me demanda beaucoup de travail. Première victoire à 20 ans… Record d’Europe des 24h à 21 ans, record du monde des 48h sur home trainer à 23 ans et participation au premier tour de France non stop à 24 ans, le tout en effectuant des courses traditionnelles chaque dimanche au minimum.

Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?

Michel. J’ai été coureur amateur. Dans les années 90 il était compliqué de passer pro en France, le nombre d’élus était restreint il n’y avait pas d’équipe continental par exemple… Et comme c’était le début de l’ultra il n’y avait pas trop d’argent afin d’en vivre. Et il n’y avait pas les réseaux sociaux pour communiquer… On se débrouillait !

© Michel Mussot

Qu’apprécies-tu le plus dans la pratique du vélo ?

Michel. Ma vision et le monde du vélo ont changé depuis mes débuts. La compétition m’a de suite attiré car je suis un compétiteur. Maintenant je n’ai plus trop le temps d’avoir une pratique perso régulière et cela c’est un peu dommage. Je suis toujours sérieusement les résultats amateurs ou pros.

Quels types de vélo utilises-tu et lequel préfères-tu ?

Michel. Plusieurs car je travaille avec, j’ai deux VTT, deux gravel et un vélo de route. Il est vrai que le gravel est quelque chose  de vraiment bien: on peut rouler en gros partout et si on veut rouler fort cela roule tout de même.

As-tu des marques de vélo ou de vêtements que tu apprécies tout particulièrement ?

Michel. Oui au niveau des vélos ODK RIDE en Belgique un véritable artisan au coeur de la vallée de l’Attert et également BIANCHI pour la couleur mythique et les champions qui ont roulé dessus. Sinon Peugeot reste une marque de coeur car j’ai fait mes premières courses sur un Peugeot (le vélo de mon père) et durant quelques années j’ai eu la chance d’avoir des vélos de contrat Peugeot. C’est très affectif du coup. Pour les vêtements  beaucoup de marques de mes débuts ont disparu. Aujourd’hui j’apprécie le Café du Cycliste, ALE fait des choses très sympas aussi.

Qu’est-ce qui t’a fait basculer des formats traditionnels vers l’ultra-cyclisme ?

Michel. Le hasard en 1992, je prends le départ des 24h cycliste de Tucquenieux chez moi en Lorraine je gagne en battant le record de l’épreuve, le début d’une belle aventure, une découverte; et pour moi c’est là que j’ai pris confiance en moi. Je me souviens encore très bien des marques de respect de certains coureurs au départ de la course suivante le dimanche qui a suivi.

© Michel Mussot

Parmi toutes tes courses d’ultra, laquelle t’a le plus marqué et pourquoi ?

Michel. La tentative de record du monde des 24h à Metz en 93. A seulement 21 ans. Record d’Europe au bout. 6 mois entre rigueur et sérieux. Entre stages sur la côte d’Azur, nombreuses compétitions pour le rythme. En effet les premières heures de la tentative j’étais à 37 km/h de moyenne en mode no drafting c’est-à-dire  interdiction d’avoir un cycliste devant moi. J’ai terminé la tentative avec une double tendinite (durant environ 6h) mais j’ai terminé  au courage. Cette tentative m’a permis de partir sur Dijon et entamé mes formations l’année suivante.

Quelles qualités sont indispensables pour réussir en ultra-cyclisme ?

Michel. Je pense que le mental est la chose la plus importante en ultra, il est important d’être prêt mentalement. Cela se prépare.

Comment vois-tu l’évolution de l’ultra-cyclisme dans les prochaines années ?

Michel. La discipline a évolué, la masse participe aujourd’hui en mode plus “cool” qu’à notre époque. La notion de finisher est aujourd’hui importante comme dans le trail . Le haut niveau est un peu moins important que dans les années 90 pour beaucoup de monde. Beaucoup ne savent même pas le nom des premiers. On peut dire qu’il y a un phénomène de mode de la discipline. Je pense qu’à l’avenir certaines épreuves vont disparaître et la discipline va évoluer en deux secteurs les épreuves avec classement et les autres types brevets qui existaient déjà il y a fort longtemps chez les cyclotouristes.

© Michel Mussot

Quelle est ta philosophie du coaching, pour les enfants comme pour les adultes, et pour l’ultra-cyclisme ?

Michel. Pour les enfants la notion d’habiletés techniques est très importante. Et donc le VTT tient une place importante dans l’apprentissage du vélo pour les plus jeunes aujourd’hui. D’autant plus qu’il faut être performant de plus en plus jeunes. Certains passent pro à 18 ans. A mon époque c’était au minimum 21 ans. En ce qui concerne l’ultra la discipline s’est démocratisée et les pratiquants ont besoin de conseils et ont beaucoup de questions, j’essaye d’y répondre.

Comment conseillerais‑tu aux parents d’initier leurs enfants au vélo ?

Michel. Le VTT est réellement la discipline à pratiquer pour les jeunes, nous sommes hors de la circulation et la progression technique est certaine. Il sera temps un peu plus tard d’aligner les kms.

Qu’est-ce qui te procure le plus de satisfaction en tant que coach ?

Michel. Mon plus grand plaisir est de voir un jeune, une personne progresser et se découvrir au travers de la pratique cycliste.

© Michel Mussot

As-tu une réussite ou un moment marquant avec un athlète que tu aimerais partager ?

Michel. Oui une anecdote : sur une épreuve de coupe de France espoir alors que cela se déroulait sélection régionale de cinq coureurs, il ne me restait qu’un coureur à la veille de la dernière étape. Je me suis retrouvé seul avec le coureur le soir. Le lendemain il était dans l’échappée. Comme quoi le facteur humain lors du coaching est très important

Quelle place accordes-tu à la récupération et au mental dans un programme de coaching ?

Michel. Pour moi le mental est très important , le sportif doit avoir envie et pour cela la récupération est importante. On progresse en bien récupérant. Surtout de nos jours dans le cyclisme actuel.

Quelle est l’erreur la plus fréquente que font les cyclistes amateurs aujourd’hui ?

Michel. La grande erreur actuelle est le surentraînement : certains roulent chaque jour en cumulant avec leur travail, tout cela pour rouler à 22 de moyenne… et roulent en compétition constante sur Zwift en hiver… Ils arrivent déjà fatigués au départ.

Ultra distance en cyclisme, c'était mieux avant ?

Courir et Bien-être - Echange ouvert avec Michel Mussot.

Que dirais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans le cyclisme ? Et en particulier dans le VTT ou l’ultra-cyclisme ?

Michel. Si c’est un jeune qui désire faire de la compétition, il faut débuter par le VTT afin d’acquérir une bonne technique de base, nécessaire à tout bon cycliste. Pour arriver ensuite sur la route et d’être bien encadré un des éducateurs compétents. Au niveau de l’ultra on peut débuter aux alentours de 20 ans, approchez-vous d’un entraîneur compétent également.

Peux-tu nous raconter un moment particulièrement difficile que tu as rencontré lors de tes courses d’ultra-cyclisme, et comment tu as réussi à le surmonter ?

Michel. Sur le tour de France non stop en 1996. La constitution de l’équipe d’assistance. En effet on est parti pour vivre en commun pendant 15 jours. J’ai dû gérer certains soucis alors que mon rôle était de pédaler. Avec le recul, une personne extérieure de type manager aurait dû être mis en place. Cela m’a beaucoup appris sur la gestion de l’équipe. Faire partie d’une assistance lors d’une épreuve ultra impose un rythme et une intensité de travail et de présence (quasiment aussi difficile de gérer le manque de sommeil pour l’assistance), et ne pas avoir fait une épreuve « à blanc » avec l’assistance en amont afin de les préparer également.

À quoi ressemblait une épreuve d’ultra-cyclisme dans les années 90, et en quoi différait-elle des courses actuelles ?

Michel. Dans les années 90, le GPS n’existait pas : on fonctionnait à la carte Michelin. Les lampes de vélo étaient beaucoup moins puissantes et efficaces, et étaient à piles, donc plus rien au bout de 5 h en gros.

Que penses-tu de l’évolution du matériel ?

Michel. En termes de nouveauté, le gravel a démocratisé la discipline avec l’utilisation des traces. De nouveaux pratiquants arrivent avec, pour la plupart, des études posturales. Il faut faire attention à ne pas rendre la discipline trop technologique afin que le vélo reste démocratique pour tous… Ce doit être le cycliste qui reste au centre de la pratique et non pas les datas.

Penses‑tu que les cyclistes d’aujourd’hui seraient capables de performer avec le matériel et la technologie disponibles dans les années 90 ?

Michel. Je ne sais pas, mais il est sûr que nous étions plus dans une notion d’aventure réelle, par exemple pour rechercher une boulangerie… Aujourd’hui, on trouve des applications, c’est beaucoup plus facile. Nos braquets étaient différents : nous tirions plus gros, du type plateaux de 42, 44 et 52–53, donc un entraînement différent.

Tu es basé à Arlon. Dirais-tu que c’est une ville agréable pour la pratique du vélo ? Et la Belgique en général ?

Michel. Arlon en elle-même n’est pas une ville qui respire le sport et le vélo. Je me rappelle très bien de mon arrivée à Dijon fin 93, cela respirait le sport. Je roule essentiellement sur le Luxembourg ou du côté de la France. Les routes y sont meilleures qu’en Belgique pour pratiquer le cyclisme.

As-tu de nouveaux projets autour du vélo que tu prépares ou sur lesquels tu travailles en ce moment ?

Michel. Je travaille beaucoup en France et j’entraîne les jeunes du SA VERDUN CYCLISME. On est en train de structurer le club et la vision. Cela est passionnant. D’autre part, je m’investis au sein du bureau national des moniteurs cyclistes français. Il est important de s’investir pour la profession.

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Michel Mussot

Mon plus grand plaisir est de voir un jeune, une personne progresser et se découvrir au travers de la pratique cycliste.

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